jeudi 1 octobre 2026 Célébrons la culture, révélons les talents

Hermine Yollo remporte le Prix RFI Théâtre 2026 avec « Ima Maryam »

La Camerounaise Hermine Yollo a remporté le Prix RFI Théâtre 2026 pour sa pièce Ima Maryam : le jugement de Marie. Elle a reçu cette distinction dimanche 27 septembre à Limoges, dans le cadre du festival Les Zébrures.

À Limoges, le théâtre francophone occupe le devant de la scène depuis le 23 septembre. Le festival Les Zébrures rassemble des auteurs, des comédiens, des metteurs en scène et des artistes venus de différents horizons.

Au programme : spectacles, lectures, concerts et rencontres autour des nouvelles écritures francophones.

Cette édition met aussi en lumière les difficultés que rencontre aujourd’hui le monde du théâtre. Dans un éditorial, Hassane Kassi Kouyaté, auteur, metteur en scène et directeur du festival, lance un appel à la résistance.

« Le théâtre est un lieu de résistance »

Pour Hassane Kassi Kouyaté, le théâtre ne doit pas rester silencieux face aux difficultés du monde culturel.

« Le théâtre est un lieu de résistance, il faut oser », défend-il.

Le directeur des Zébrures insiste aussi sur le rôle de l’art et de la culture. À ses yeux, ils restent essentiels pour préserver la liberté, le dialogue et le libre arbitre.

Cette année, le festival a choisi un slogan qui résume cette volonté : « Refuser l’isolement ».

Hassane Kassi Kouyaté évoque également les difficultés financières du secteur. Il pointe surtout les problèmes de visas rencontrés par certains artistes invités depuis l’étranger.

« C’est très surprenant que ces visas leur soient refusés alors que ce sont ces artistes qui font le pont entre la France et le reste du monde », explique-t-il.

Les jeunes auteurs trouvent leur place à Limoges

Les Zébrures accordent une place particulière aux jeunes auteurs.

Pour cette édition 2026, Hassane Kassi Kouyaté met en lecture plusieurs de leurs textes dans Un infime bruit du monde.

Chaque auteur devait écrire entre une et trois pages à partir d’un texte proposé.

Parmi les participants figure Patherson, slameur et poète sénégalais. En résidence d’écriture à Limoges, il travaille sur les liens entre le slam et le théâtre.

Son objectif est simple : rendre la poésie plus accessible.

Il cherche notamment à rendre la manière de déclamer les textes « moins élitiste ». Pour cela, il s’inspire des traditions orales africaines et les mêle à l’écriture théâtrale.

Hermine Yollo, une voix qui compte au Cameroun

Au Cameroun aussi, les nouvelles écritures connaissent un véritable élan.

« Beaucoup de gens écrivent, il y a une grande dynamique mais il manque des vitrines pour les auteurs », raconte Hermine Yollo.

L’autrice connaît bien cette réalité.

Née à Douala dans une famille de comédiens, elle a grandi dans l’univers du théâtre. Elle est aujourd’hui autrice, metteuse en scène et traductrice de formation.

Elle dirige également NGOTI, une compagnie camerounaise de théâtre professionnel.

Mais Hermine Yollo préfère parler d’elle comme d’une « metteuse en mots ».

Une expression qui lui ressemble.

« Je mets en scène les mots, comme je mets en scène une pièce de théâtre », explique-t-elle.

« Il était important d’entendre la voix de Marie »

Avec Ima Maryam : le jugement de Marie, Hermine Yollo s’attaque à un personnage connu de tous, mais dont elle veut faire entendre une autre voix : Marie, la mère de Jésus-Christ.

La pièce aborde des sujets sensibles. Elle questionne notamment les récits religieux, les tabous et la place accordée aux femmes.

Pour l’autrice, le théâtre permet justement d’aller là où les discours habituels s’arrêtent.

« Pour moi, c’était important d’entendre cette voix-là ! C’est aussi ça le théâtre : mettre de la fiction, mais en allant plus loin que la fiction », confie-t-elle.

Son inspiration vient notamment de Maryam, une figure qui lui est apparue en rêve.

Hermine Yollo a ensuite poursuivi ses recherches dans la Bible et dans d’autres documents. Elle construit à partir de là sa propre lecture du personnage.

Dans sa pièce, elle questionne notamment les violences faites aux femmes et les récits qui se transmettent de génération en génération.

Donner plus de place aux femmes

Derrière cette pièce, il y a aussi une autre bataille : celle de la visibilité des femmes dans la création artistique.

Hermine Yollo estime que beaucoup de femmes écrivent, mais restent encore loin des scènes et des espaces de diffusion.

« Beaucoup de femmes écrivent mais elles écrivent dans leur chambre », constate-t-elle.

Elle veut donc encourager ces autrices à sortir de cet espace intime et à montrer leur travail.

Son Prix RFI Théâtre donne aujourd’hui une résonance particulière à ce combat.

Une pièce qui ne laisse pas indifférent

À Limoges, Aurélie Van Den Daele, directrice du Théâtre de l’Union, a mis le texte en lecture.

Elle voit dans Ima Maryam : le jugement de Marie une pièce « atypique » et « féministe ».

Elle apprécie surtout la manière dont le texte revient sur des questions que l’on oublie parfois.

Et elle assume le caractère audacieux de la démarche.

Pour elle, Hermine Yollo signe avec cette pièce un véritable « pavé dans la mare ».

Le slam et la musique complètent la programmation

Les Zébrures ne se limitent pas au théâtre.

Le festival fait aussi dialoguer les écritures avec la musique et le slam.

Le public peut notamment découvrir Jacques Surette avec le titre Hallo ma belle.

Le texte Guérison de Patherson figure également dans la programmation.

Cette diversité fait toute la richesse du festival. À Limoges, les artistes se rencontrent, croisent leurs univers et font circuler les mots d’un continent à l’autre.

Avec Ima Maryam : le jugement de Marie, Hermine Yollo repart de Limoges avec le Prix RFI Théâtre 2026. Une distinction qui met sous les projecteurs une autrice camerounaise et, à travers elle, une nouvelle génération d’artistes africains qui veulent raconter autrement leur histoire, leurs sociétés et leurs imaginaires.

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