Le réalisateur sénégalais Djibril Diop Mambéty est décédé le 23 juillet 1998 à Paris, à l’âge de 53 ans. Vingt-sept ans après sa disparition, son nom reste profondément associé à l’histoire du cinéma africain.
Cinéaste de rupture et artiste engagé, Mambéty n’a réalisé que deux longs-métrages, « Touki Bouki » et « Hyènes », mais a laissé derrière lui une œuvre bien plus vaste, composée notamment de courts-métrages et de documentaires devenus cultes.
Né le 23 janvier 1945 à Colobane, à Dakar, fils d’un imam, il commence très tôt à s’intéresser au théâtre et au cinéma. Après son passage au Théâtre national Daniel Sorano, il se tourne vers la réalisation.
En 1969, il signe « Contras’ City », puis « Badou Boy » en 1970. Mais c’est en 1973 qu’il s’impose véritablement avec « Touki Bouki ». Le film raconte l’histoire de Mory et Anta, deux jeunes Dakarois attirés par le rêve d’un départ vers l’Occident.
Présenté à Cannes et récompensé à Moscou, « Touki Bouki » devient rapidement une œuvre majeure du cinéma africain. Son sujet, notamment l’attrait exercé par l’Europe sur la jeunesse africaine, reste encore étonnamment actuel.
Après une longue période loin des longs-métrages, Mambéty revient avec « Hyènes » en 1992, adapté de la pièce « La Visite de la vieille dame » de Friedrich Dürrenmatt. Le film est sélectionné au Festival de Cannes et est considéré comme l’une de ses œuvres les plus abouties.
Mambéty s’intéresse surtout aux petites gens, aux exclus, aux enfants de la rue et à tous ceux que la société laisse souvent de côté. Cette attention se retrouve dans « Le Franc » (1994), puis dans « La petite vendeuse de Soleil » (1998), son dernier film.
Avec Sili, jeune fille handicapée qui vend le quotidien « Le Soleil », il rend hommage aux enfants de la rue et à ceux qui continuent de se battre malgré les difficultés. La trilogie qu’il voulait consacrer à « l’histoire des petites gens » devait se poursuivre avec « L’apprenti voleur », mais la mort l’en empêcha.
Mambéty entretenait une relation particulière avec Dakar. La ville l’inspirait, le faisait vibrer et occupait une place centrale dans son cinéma. Ses rues, ses habitants, ses marginaux et leurs histoires nourrissaient son imagination.
Il disait : « Je tourne… Je tourne encore… Je ne suis pas encore satisfait. Un jour viendra où la terre elle-même s’arrêtera de tourner ; en ce moment, moi aussi… »
Le 23 juillet 1998, à Paris, son propre mouvement s’est arrêté.
Mais son cinéma, lui, continue de tourner. Ses films restent une source d’inspiration pour plusieurs générations de cinéastes africains et continuent de faire vivre la vision singulière de celui qui fut l’un des grands noms du septième art africain.
